Laisse-moi t’aimer.

 

Ah ! laisse-moi t’aimer, non d’un amour profane,
Mais de cet amour saint, tendre, immatériel,
Qui rend le cœur plus pur, l’âme plus diaphane,
Qui joint la terre au ciel !

Douce communion qui réunit deux âmes,
Comme deux blancs ramiers fondant, d’un même essor,
L’éther qui, sur leurs cols, fait reluire des flammes
Et des paillettes d’or.

Dieu m’a mis dans le cœur une lyre immortelle ;
Quand je me penche en moi je l’entends soupirer ;
Mais il faut une main qui se pose sur elle
Et la fasse vibrer.

Sois cette main savante, ose toucher la lyre,
Pose sur le clavier l’ivoire de tes doigts ;
Elle va s’éveiller en hymnes de délire
Et répondre à ta voix.

Alors j’aurai pour toi des chansons merveilleuses,
Telles qu’aux nuits de mai, sous le ciel espagnol,
Dans les bois de Grenade, aux roses amoureuses,
Chante le rossignol.

Ma mélodie aura la douceur des louanges
Que modulent en chœur les esprits purs des cieux ;
Je croirai voir passer dans un songe les anges,
En regardant tes yeux.

Ah ! laisse-moi t’aimer, et peut-être toi-même
Un jour à ton insu te laisseras charmer :
C’est un amour si pur que celui dont je t’aime !
Ah ! laisse-moi t’aimer !

Prosper Blanchemain.

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